Of questionable answers
4h27, m’annonce le rougeoiement de mon radio réveil.
4h27 et je ne dors pas.
Je devrais, pourtant, il y a de la route à faire demain.
4h27 et je ne dors pas. Je tourne et retourne sans cesse cette question qu’on m’a beaucoup posée ces derniers jours.
« Et toi, comment tu vas ? »
Question anodine, comme ça.
Mais posée avec cette petite inclinaison de la tête, ce petit air semi-inquiet, ce ton un peu timide, comme par peur d’appuyer là où ça fait mal.
Ce « et toi, comment tu vas? » qui veut en fait dire « et toi, ça va mieux ? ».
Et cette réponse que je fais, toujours à peu près la même, à quelques variantes près, sans trop y réfléchir.
« Moi ? Ça va super bien. C’est l’été, il fait beau, j’ai plein de boulot, je viens d’acheter un appart’, je sors pas mal, je vois du monde, je suis entrain de planifier 3 semaines en Thaïlande au mois d’Octobre, j’ai gravement la pêche. J’ai décidé de m’occuper de moi, d’être égoïste et de profiter de la vie et bordel ça fait du bien. »
Et là, comme ça, 4h27, impossible de dormir et je repense à la question.
Et à la réponse.
Qui est vraie, absolument, en tout point.
Mais qui est peut-être incomplète.
Parce qu’au fond en fait pulsent toujours la douleur et la rage.
Parce que si j’ai décidé d’avancer, de tourner la page, de *vivre*, enfin, à nouveau, au final rien n’est oublié, rien n’est pardonné.
Aucun mensonge, aucune infamie, aucune tromperie, la plus infime soit-elle. Je n’oublie rien.
J’ai simplement décidé de me reconstruire en dépit du mal. Bien consciente de ses conséquences sur mes relations à venir mais également qu’il faudra faire avec.
Une nouvelle cicatrice à ajouter à ma collection.
Infligée par celui qui, il y a 4 ans de cela, me jurait que jamais il ne me blesserait.
Premier mensonge d’une liste abyssale.
Moi ? Ça va super bien. Des fois la nuit je fais des rêves de vengeance sanguinolente, mais bon, c’est sain, ça sert à ça les rêves, à se débarasser des pulsions du subconscient, non ?
Moi ? Ça va super bien. Je suis persuadée que je ne suis plus capable d’accorder ma confiance à qui que ce soit mais bon, on vit très bien sans confiance, non ?
Moi ? Ça va super bien. J’ai décidé de me faire une collection d’amants histoire de ne surtout pas à avoir à me remettre en danger avec une vraie relation, mais bon, les « vraies » relations, c’est très surfait, non ?
Tout cela est vrai. Mais l’autre réponse aussi.
Parce que malgré tout cela, je me sens plus vivante aujourd’hui que je ne l’ai été ces 4 dernières années.
Alors oui. Moi, ça va super bien.



